Ferrari s’apprête à franchir un cap historique ce lundi avec la présentation officielle de la Luce, sa toute première voiture 100 % électrique. Ce modèle à quatre portes, dont le nom signifie « lumière » en italien, affiche une vitesse de pointe de 310 km/h et un tarif dépassant les 500.000 euros. La firme de Maranello accélère ainsi son virage vers les voitures électriques, un pari audacieux au moment où plusieurs concurrents directs ralentissent leur transition vers l’électrique. Le studio LoveFrom de l’ancien designer d’Apple Jony Ive a participé au développement de ce grand modèle qui rompt avec les lignes habituelles de la marque.
Cette présentation officielle à Rome couronne de longues années de préparation technique. Le constructeur s’appuie sur son expérience en Formule 1 avec les systèmes hybrides développés il y a plus d’une décennie, ainsi que sur ses modèles routiers électrifiés commercialisés depuis 2019. Selon des informations de l’agence Reuters, Ferrari a toutefois décalé le lancement de son second modèle électrique à 2028 au moins, en raison d’une demande jugée insuffisante. L’entreprise a investi massivement dans cette transition sous la direction de son PDG Benedetto Vigna, notamment à travers la création d’un nouveau « e-building » implanté au siège historique de Maranello.
Un positionnement stratégique face aux doutes du marché de luxe
La Luce débarque dans un climat d’incertitude lié au scepticisme des acheteurs de supercars face aux batteries. Le rival historique Lamborghini a choisi d’abandonner ses plans d’électrification totale prévus pour 2030, invoquant un manque d’intérêt de sa clientèle. Felipe Munoz, analyste chez Car Industry Analysis, estime que Ferrari ne cherche pas à réaliser des volumes de ventes massifs avec ce modèle. L’objectif consiste plutôt à poser un jalon fort face à l’offensive des constructeurs chinois, à l’instar de BYD, qui a développé la supercar électrique Yangwang U9. Il devient par conséquent impératif pour la marque italienne de définir les codes du luxe électrique avant que d’autres acteurs ne s’en emparent.
Pour relever ce défi, les ingénieurs doivent préserver l’identité de la marque malgré les contraintes techniques des batteries, souvent lourdes et privées de la puissance continue des blocs thermiques. Ferrari a dévoilé les secrets de sa technologie, intégrant un système acoustique sophistiqué conçu pour amplifier les vibrations réelles du groupe motopropulseur au lieu de diffuser un faux bruit de moteur. Phil Dunne, directeur au sein du cabinet Grant Thornton Stax, rappelle que le succès repose sur la réinterprétation des trois piliers historiques de la firme : le design, le son et les sensations de conduite. L’entreprise a réajusté ses objectifs à long terme, fixant la part des modèles totalement électriques à 20 % de sa gamme d’ici 2030, contre une cible initiale de 40 %, tout en maintenant la production de moteurs thermiques et hybrides.
Séduire une nouvelle génération de clients fortunés
Le constructeur italien mise sur cette première Ferrari électrique pour attirer une clientèle plus jeune et réceptive aux innovations propres. L’inflation des prix des carburants à l’échelle internationale, liée à la guerre en Iran, renforce l’attractivité de ces motorisations alternatives auprès des grandes fortunes. En février dernier, Benedetto Vigna affirmait que les retours initiaux s’avéraient très positifs, ouvrant la voie aux précommandes dès le mois de mars. Les premières livraisons aux acheteurs doivent débuter en octobre, conformément au calendrier logistique que la direction a présenté l’an passé.
Ce modèle électrique ne fera pas l’unanimité parmi les puristes de la première heure attachés au rugissement traditionnel des moteurs à essence. Néanmoins, la direction espère convaincre une nouvelle génération d’acheteurs fortunés désireux d’ajouter un modèle exclusif à leur collection. Phil Dunne concède que la Luce s’adresse à une frange ciblée de la clientèle actuelle, mais elle peut soutenir la pérennité de l’image de marque dans un monde en mutation énergétique. Le modèle devrait donc rester un produit de niche, destiné à tester l’acceptation d’une Ferrari sans moteur thermique auprès des clients les plus fortunés.
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