Acheter une voiture neuve aux États-Unis devient de plus en plus difficile pour une partie des ménages. Alors que les stocks des concessionnaires se sont reconstitués après les pénuries liées à la pandémie, les prix atteignent des niveaux records et le coût du crédit continue de peser sur les acheteurs.
Selon des informations publiées par le Washington Post à partir de plusieurs données sectorielles, le marché automobile américain fait face à une question devenue centrale : jusqu’où les consommateurs peuvent-ils encore supporter la hausse des prix, des mensualités et de la durée des emprunts ?
Des prix records et moins de modèles abordables
En septembre 2025, le prix moyen d’une voiture neuve a atteint 50.080 dollars, selon Kelley Blue Book. De son côté, Cox Automotive indique que le prix payé, remises et offres commerciales comprises, avait franchi pour la première fois les 50.000 dollars en septembre, avant de s’établir à 49.191 dollars en janvier 2026, un record pour ce mois généralement plus calme. Le prix catalogue moyen dépasse désormais 50.000 dollars, soit environ 30 % de plus qu’en 2019.
D’autres indicateurs confirment cette évolution. Selon Kelley Blue Book, le prix catalogue moyen recommandé par les constructeurs pour les nouveaux modèles a atteint 52.183 dollars en septembre 2025. Plus de 60 modèles affichaient alors un prix moyen supérieur à 75.000 dollars, les véhicules de luxe et certains modèles électriques coûteux ayant contribué à cette hausse. Edmunds faisait état, pour sa part, d’un prix moyen de 49.206 dollars en septembre et de 48.488 dollars sur l’ensemble du troisième trimestre 2025.
Cette hausse s’accompagne d’une raréfaction des véhicules d’entrée de gamme. La Nissan Versa, dernière voiture neuve commercialisée sous le seuil des 20.000 dollars, avec un tarif de 17.390 dollars, a cessé d’être produite en décembre. D’autres modèles abordables, comme les Mitsubishi Mirage, Kia Rio, Hyundai Accent et Chevrolet Spark, ont également disparu du marché au cours des dernières années.
Les préférences des automobilistes américains ont aussi évolué. Il y a dix ans, le marché était presque équitablement partagé entre voitures particulières et véhicules légers de type utilitaire. Aujourd’hui, cette dernière catégorie, qui comprend les SUV, représente environ huit ventes sur dix. Les crossovers, à l’image du Honda CR-V, comptent à eux seuls pour près de la moitié des véhicules vendus.
Dans ce contexte, le seuil d’accessibilité a changé. Pour Patrick Manzi, économiste en chef de la National Automobile Dealers Association, un véhicule affiché à moins de 30.000 dollars constitue désormais la nouvelle référence d’un modèle abordable. Cette réalité surprend de nombreux consommateurs, qui ne renouvellent souvent leur voiture que tous les six à huit ans.
Des crédits automobiles de plus en plus coûteux
Le coût du financement représente un autre obstacle pour les acheteurs. En mai 2026, la hausse des rendements obligataires américains a renforcé la pression sur les emprunts des ménages. Le rendement de l’obligation du Trésor à 30 ans a atteint son plus haut niveau depuis 2007, avant de se stabiliser autour de 5,18 %. Celui de l’obligation à 10 ans, qui influence notamment les crédits automobiles et immobiliers, est monté à environ 4,68 %, son niveau le plus élevé depuis janvier 2025, avant de reculer légèrement.
Cette hausse reflète les inquiétudes des investisseurs face à l’inflation et à l’endettement public américain. Les craintes ont aussi été alimentées par un prix du pétrole maintenu au-dessus de 100 dollars le baril dans le contexte de la guerre en Iran. Lorsque les rendements obligataires progressent, les banques utilisent ces références pour relever le coût des emprunts proposés aux consommateurs.
Les acheteurs de voitures ressentent déjà cette pression. Selon Cox Automotive, le taux d’intérêt moyen appliqué à un crédit destiné à l’achat d’un véhicule neuf a atteint 9,45 % en avril 2026, portant la mensualité type à 757 dollars. Une autre mesure publiée par J.D. Power en février situait la mensualité moyenne d’un véhicule neuf à un niveau record légèrement supérieur à 800 dollars.
Les paiements mensuels à quatre chiffres deviennent également plus fréquents. Selon S&P Global, environ un nouveau crédit automobile sur cinq présente désormais une mensualité d’au moins 1.000 dollars, une proportion qui pourrait doubler d’ici la fin de l’année. Au troisième trimestre 2025, Edmunds évaluait cette part à 19,1 % pour les véhicules neufs. Même sur le marché de l’occasion, 6,1 % des acheteurs supportaient alors une mensualité d’au moins 1.000 dollars.
Des prêts plus longs et un endettement plus lourd
Face à la hausse des prix, les acheteurs étendent la durée de leurs financements. La durée moyenne d’un crédit automobile atteint désormais 68,8 mois, soit plus de cinq ans. Selon J.D. Power, les prêts de 84 mois ou plus représentaient 11,7 % du marché l’an dernier, presque deux fois plus qu’en 2019.
Les données d’Edmunds montrent également que, durant le troisième trimestre 2025, les financements d’une durée de 84 mois ou plus représentaient 22 % des achats de voitures neuves réalisés à crédit. Le montant moyen emprunté s’établissait alors à 42.647 dollars, contre 42.388 dollars au trimestre précédent et 40.713 dollars un an plus tôt.
Cette évolution nourrit les inquiétudes concernant la capacité des ménages à rembourser durablement leurs crédits. Au début de l’année 2025, la part des prêts automobiles accusant un retard de paiement supérieur à 90 jours avait atteint 8,6 %, selon les données de la Banque fédérale de réserve de Philadelphie. Un tel niveau avait déjà été observé brièvement en 2020 et après la crise financière de 2008-2009. La progression concernait principalement les emprunteurs disposant de faibles scores de crédit.
Le phénomène du capital négatif s’accentue également. Au troisième trimestre 2025 par exemple, 28,1 % des véhicules repris dans le cadre de l’achat d’une voiture neuve présentaient une valeur inférieure au montant du crédit encore dû. Le solde négatif moyen atteignait 6.905 dollars, contre 6.458 dollars un an plus tôt. Parmi les automobilistes concernés, 24,7 % devaient encore plus de 10.000 dollars et 8,3 % dépassaient les 15.000 dollars.
Les acheteurs qui échangeaient un véhicule encore financé supportaient une mensualité moyenne de 907 dollars, soit 140 dollars de plus que la moyenne du secteur établie à 767 dollars. Ils contractaient également, en moyenne, 11.164 dollars de dette supplémentaire par rapport aux clients ne disposant pas de capital négatif. Dans le même temps, l’apport initial moyen pour l’achat d’un véhicule neuf est tombé à 6.020 dollars, son plus bas niveau depuis le dernier trimestre 2021.
Selon Ivan Drury, directeur des analyses chez Edmunds, certains automobilistes auraient intérêt à conserver et réparer leur véhicule plutôt que de le remplacer. Au troisième trimestre 2025, près de 45 % des ventes de véhicules neufs réalisées par les concessionnaires traditionnels impliquaient la reprise d’une ancienne voiture. Une enquête de TransUnion indique également que l’accessibilité financière représente désormais le principal obstacle pour les personnes envisageant prochainement l’achat d’un véhicule.
Un marché davantage porté par les clients aisés
Le marché automobile américain reflète aussi une économie de plus en plus polarisée. À la fin de l’année 2025, les véhicules affichés à plus de 70.000 dollars restaient sur les parcs des concessionnaires pendant une durée proche de celle des modèles moins chers. Dans le même temps, les ménages disposant d’un revenu supérieur à 150.000 dollars représentaient 29 % des achats automobiles, contre 18 % en 2020.
Le profil des acheteurs de voitures neuves évolue aussi avec la hausse des prix. Selon S&P Global, près de la moitié des immatriculations de véhicules neufs réalisées l’an dernier provenaient de personnes âgées de 55 ans ou plus. D’après J.D. Power, l’âge moyen de l’acheteur atteint désormais 51 ans, contre 50 ans avant la pandémie et un peu plus de 43 ans il y a vingt-cinq ans.
Les ventes restent toutefois solides pour le moment. Les constructeurs sortent de leur meilleure année depuis la pandémie, avec 16,2 millions de véhicules vendus aux États-Unis. La National Automobile Dealers Association prévoit néanmoins un repli à 16 millions d’unités cette année.
Les constructeurs cherchent des réponses sur les prix
Les fabricants américains doivent désormais proposer des véhicules plus abordables, tout en surveillant la concurrence potentielle des marques chinoises à bas coûts. Les analystes ne s’attendent pas à une arrivée rapide de ces constructeurs aux États-Unis, mais le Canada a récemment assoupli ses règles tarifaires concernant les voitures électriques chinoises.
Cette pression intervient alors que les constructeurs ont, jusqu’ici, absorbé l’essentiel du coût des droits de douane instaurés par Donald Trump, selon des analystes du secteur automobile. La durée pendant laquelle ils pourront continuer à le faire reste incertaine, et de futures hausses de prix liées aux tarifs douaniers ne sont pas exclues.
Certaines marques commencent déjà à mettre en avant des véhicules moins coûteux. Chevrolet promeut son crossover Trax, proposé à partir de 21.700 dollars et récemment désigné meilleur crossover SUV de l’année 2026 par un magazine automobile américain. Le Ford Maverick, un pick-up compact, démarre à 28.145 dollars. Ford a également annoncé son intention de proposer plusieurs véhicules supplémentaires à moins de 40.000 dollars d’ici 2030.
Honda réévalue également sa gamme. Lance Woelfer, vice-président des ventes d’American Honda, a souligné que la hausse record des prix constitue une préoccupation croissante et que les marques Honda et Acura veulent continuer à être reconnues pour la valeur proposée à leurs clients. Plus largement, les constructeurs semblent désormais miser sur les petits SUV comme nouvelle porte d’entrée du marché automobile américain.
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