Auto Trends
logo Histoire

DS 21 Pallas : dans l’ombre du Général, l’histoire d’une « déesse » de l’Élysée

DS 21 Pallas : dans l’ombre du Général de Gaulle, l’histoire d’une « déesse » de l’Élysée

À l’occasion de la 43e édition des Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre 2026, la cour d’honneur du Palais de l’Élysée accueillera deux automobiles séparées par plus de soixante ans d’histoire : la toute nouvelle DS N°7 ÉLYSÉE, premier véhicule officiel 100 % électrique de la Présidence française, et une DS 21 Pallas utilisée par le général de Gaulle entre 1965 et 1967. Une rencontre symbolique entre deux générations d’un même héritage automobile, qui invite à revenir sur le destin de cette berline aussi discrète que chargée d’Histoire.

Une déesse tombée du ciel

Pour comprendre la DS 21 Pallas, il faut remonter à octobre 1955, lorsque Citroën dévoile au Grand Palais une berline qui ne ressemble à rien de connu. Dessinée par le sculpteur italien Flaminio Bertoni et conçue sous l’impulsion de l’ingénieur aéronautique André Lefèbvre, avec Paul Magès à l’origine de son système hydraulique, la DS 19 impressionne par sa silhouette aérodynamique, sa suspension hydropneumatique à assiette constante, sa direction assistée et ses freins à disque à l’avant — autant de solutions techniques particulièrement avancées pour l’époque. Le succès est immédiat : des milliers de commandes sont enregistrées dès le premier jour du Salon. Le nom même de la voiture, prononcé à la française, donne naissance à un surnom qui ne la quittera plus : la « Déesse ». Deux ans plus tard, le philosophe Roland Barthes lui consacre un chapitre de ses Mythologies, décrivant une silhouette qui semble surgir d’un autre monde et devenir, à elle seule, un objet de fascination collective.

Très vite, la DS s’impose aussi comme la voiture des chefs d’État. Le général de Gaulle, arrivé au pouvoir en 1958 avec la naissance de la Ve République, en fait l’un des symboles discrets mais constants de ses déplacements. C’est d’ailleurs à bord d’une DS 19 qu’il échappe, le 22 août 1962, à l’attentat du Petit-Clamart : alors que la voiture est criblée de balles et que deux pneus sont crevés, le chauffeur Francis Marroux parvient à conserver le contrôle de la DS et à poursuivre sa route vers Villacoublay. L’épisode contribuera durablement à renforcer la réputation de tenue de route du modèle et scellera, dans l’imaginaire collectif, le lien entre la Déesse et l’homme du 18 juin.

La Pallas, ou le luxe discret

C’est dans ce contexte que naît, en 1964, la finition Pallas — du nom de Pallas Athéna, déesse grecque de la sagesse — qui vient coiffer la gamme DS d’une déclinaison plus raffinée : insonorisation renforcée, sellerie en cuir en option, chromes et baguettes latérales supplémentaires. L’année suivante, en 1965, Citroën fait évoluer la mécanique de sa berline avec un nouveau moteur de 2 175 cm³ développant 109 chevaux, plus performant que celui de la DS 19, qui donne naissance à l’appellation DS 21.

C’est précisément cette version, tout juste sortie des chaînes de l’usine Citroën du quai de Javel à Paris le 29 septembre 1965 et mise en circulation trois jours plus tard sous l’immatriculation 1737 RX 75, qui entre au service du général de Gaulle. Loin des grandes limousines d’apparat que Citroën réserve aux cérémonies officielles, cette DS 21 Pallas se distingue au contraire par sa sobriété : sans carrosserie d’apparat, mais avec quelques aménagements discrets qui trahissent sa fonction — pare-soleil latéraux aux places arrière, porte-fanions intégrés au bouclier avant, porte-cocarde et porte-document intégrés au tableau de bord. Une voiture de l’ombre, en somme, pensée non pas pour être montrée, mais pour accompagner au quotidien les allers-retours du chef de l’État entre le Palais de l’Élysée et La Boisserie, sa résidence familiale de Colombey-les-Deux-Églises.

Une seconde vie loin des palais

Le service présidentiel de cette DS 21 Pallas s’achève en novembre 1967, lorsque le véhicule est cédé au gérant de la Coopérative laitière de Colombey-les-Deux-Églises, un homme proche de la famille de Gaulle depuis de nombreuses années. Commence alors une existence beaucoup plus modeste : la voiture reste entre les mains de cette même famille pendant plus d’un demi-siècle, jusqu’en 2021. Elle change ensuite une première fois de propriétaire avant d’être proposée aux enchères en octobre 2023, où elle est adjugée pour 59.040 euros, alors dans un état moyen et nécessitant notamment une remise en route mécanique.

S’ouvre alors un long chantier. La DS 21 Pallas fait l’objet d’une restauration complète menée dans le respect de son authenticité, afin de retrouver une présentation conforme à son histoire. Ce travail permet aujourd’hui à cette voiture de retrouver, près de soixante ans après sa sortie d’usine, le lieu même où elle a servi : la cour d’honneur du Palais de l’Élysée.

Une lignée automobile qui traverse la Ve République

Au-delà de cet exemplaire précis, l’histoire de la DS 21 Pallas s’inscrit dans une tradition beaucoup plus large, celle des automobiles françaises au service de la Présidence de la République. Des DS utilisées par le général de Gaulle aux SM Présidentielles qui serviront successivement Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac, les modèles aux chevrons ont longtemps accompagné la Présidence de la République. La relation s’est prolongée avec une DS 5 Hybrid4 découvrable pour l’investiture de François Hollande en mai 2012, une DS 7 Crossback Présidentiel dévoilée pour celle d’Emmanuel Macron en 2017, puis les versions DS 7 Crossback Élysée et DS 7 Élysée qui leur ont succédé.

Plus récemment, en 2025, DS N°8 Présidentielle — modèle de parade entièrement électrique — a accompagné le Président de la République lors des commémorations du 80e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945. Depuis le 14 juillet 2026, c’est au tour de DS N°7 Élysée, premier véhicule officiel 100 % électrique de la Présidence, de prolonger cette histoire entamée plus de soixante ans plus tôt.

En réunissant, le temps d’un week-end, cette DS 21 Pallas de 1965 et la toute dernière création électrique de la marque dans la cour d’honneur de l’Élysée, les Journées européennes du patrimoine offrent ainsi un raccourci saisissant entre deux époques : celle d’une France gaullienne encore façonnée par l’aura de la Déesse, et celle d’une Présidence où l’automobile française continue, sous d’autres formes, d’occuper une place symbolique.