Dans un article d’opinion publié par le Financial Times, l’analyste Chris Miller souligne que les vulnérabilités intégrées dans les composants de haute technologie des voitures augmentent les risques d’espionnage. Bien que Ford et le chinois Xiaomi aient récemment démenti tout projet de coentreprise aux États-Unis, la question de la sécurité automobile reste au cœur des préoccupations. En effet, l’obstacle majeur pour les constructeurs chinois n’est pas tarifaire, mais réside dans les règles restreignant l’usage des systèmes de connectivité.
Entre surveillance et souveraineté des données
Le risque lié à l’espionnage est jugé évident par les régulateurs américains. Une voiture haut de gamme typique utilise une douzaine de caméras et des capteurs vocaux qui collectent des images et des sons en permanence. Selon des chercheurs norvégiens, 90 % des données collectées par un véhicule électrique Nio ont été transmises vers des serveurs situés en Chine. Cette opacité entourant la cybersécurité transforme chaque trajet en une potentielle faille de sécurité nationale.
Le spectre du sabotage technologique
Toutefois, le problème le plus grave concerne le potentiel de sabotage des infrastructures. Des failles critiques ont été sondées par le Danemark et la Grande-Bretagne, révélant des accès à distance aux systèmes de gestion de la batterie. Par conséquent, la Pologne s’apprêterait à interdire les voitures chinoises sur ses bases militaires. De plus, le ministère britannique de la Défense aurait conseillé à ses officiels de ne pas tenir de conversations sensibles à l’intérieur de modèles équipés d’électronique chinoise par crainte d’écoutes clandestines.
L’expertise de Chris Miller et la guerre des puces

Cette analyse s’appuie sur l’expertise approfondie de Chris Miller, historien de l’économie et auteur de l’ouvrage de référence « Chip War: The Fight for the World’s Most Critical Technology ». Dans ce livre, qui a reçu le prix du livre d’affaires de l’année 2022 par le Financial Times, l’auteur décrit avec précision comment les semi-conducteurs sont devenus le pivot des batailles géopolitiques contemporaines. Miller y démontre que la maîtrise des puces électroniques est désormais essentielle à la puissance technologique et militaire, un sujet qu’il explore également en tant que professeur à la Fletcher School de l’université Tufts.
Une divergence stratégique entre l’Europe et les USA
Contrairement à l’approche européenne basée sur les tarifs, les restrictions américaines sur la technologie connectée créent un levier politique unique. En Europe, les constructeurs continuent de sous-traiter leur conception logicielle à des firmes chinoises, ce qui expose les véhicules fabriqués localement à des vulnérabilités intrinsèques.
En conclusion, Chris Miller affirme que si les entreprises chinoises souhaitent accéder au marché américain, elles doivent non seulement construire des usines, mais aussi soutenir la technologie locale. Selon l’auteur, les restrictions de connectivité représentent la source de pouvoir la plus efficace pour l’industrie automobile mondiale.
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