Les actions de Ferrari ont été lourdement bousculées à la Bourse de Milan après la présentation officielle de la Luce. Le titre a reculé jusqu’à 7,8 % dès l’ouverture du marché italien, avant de réduire ses pertes à 6,4 %, marquant ainsi son plus fort recul depuis octobre dernier.
Ce mouvement de marché traduit le scepticisme immédiat des investisseurs face au premier véhicule électrique 100 % électrique de la marque de Maranello. La Ferrari Luce, un modèle à cinq places affiché à partir de 550.000 euros en Italie, représente un défi stratégique majeur pour un constructeur historiquement associé aux moteurs thermiques.
Un accueil froid sur les réseaux sociaux et les marchés
Selon un rapport publié par The Financial Times, une forte réaction négative a été déclenchée par le design polarisant de l’auto. Les commentateurs en ligne ont notamment qualifié cette nouveauté d’« insulte à la marque » et de « terriblement décevante ». Cette silhouette futuriste, en forme de coque évoquant une maison de verre, a été entièrement dessinée par LoveFrom, le studio de Sir Jony Ive. Marc Newson, cofondateur du studio, a d’ailleurs reconnu une certaine appréhension : « C’est un type différent de Ferrari, n’est-ce pas ? Et c’était précisément l’objectif ».
Cependant, Ferrari cherche aussi à élargir son public avec cette voiture. La moitié des invités à l’événement de lancement de trois jours n’étaient pas des conducteurs de la marque. Le constructeur accordera la même priorité aux commandes de nouveaux clients qu’à celles de ses acheteurs traditionnels pour remplir son carnet. Stephen Reitman, analyste chez Bernstein, soutient cette approche ciblée tandis que Scott Sherwood estime que le constructeur vise surtout les entrepreneurs de la Silicon Valley : « Dans le calcul de Ferrari, savoir si la plupart des clients actuels trouvent la Luce séduisante n’a aucune importance. Si elle a été suffisamment bien accueillie par le public de la tech pour remplir le carnet de commandes, c’est tout ce qui compte pour eux ».
Le luxe automobile face au doute électrique
L’arrivée de la Luce intervient alors que le segment du luxe reste divisé sur la demande réelle pour les modèles à batterie. Par ailleurs, le directeur général Benedetto Vigna a affirmé qu’il n’était pas effrayé par les réactions car « les gens ont peur de tout ce qui est nouveau ». Le dirigeant défend la rentabilité du projet en précisant que l’arrivée de Ferrari dans ce secteur ne devrait pas peser sur sa marge opérationnelle de 30 %.
Toutefois, plusieurs marques de prestige ont déjà revu leurs plans, à l’image de Lamborghini qui a récemment annulé le lancement de la Lanzador. Lotus a également réorienté sa stratégie vers les hybrides rechargeables, son directeur Feng Qingfeng ayant résumé cette prudence lors du sommet Future of the Car : « La pénétration des véhicules électriques sur le marché, en particulier dans le segment très haut de gamme, n’est pas aussi élevée que prévu ». Cette observation concerne notamment la Chine, où le haut de gamme électrique ne progresse pas aussi vite qu’attendu.
De surcroît, Bentley a fortement réduit ses ambitions mondiales au-delà de 2035, tandis que Rolls-Royce limitera ses futurs modèles sur mesure à 100 collectionneurs. Malgré ces doutes, la Ferrari Luce affiche des caractéristiques techniques impressionnantes avec une autonomie annoncée de 530 kilomètres. Cette voiture dotée de quatre moteurs électriques développe une puissance totale de 1.035 chevaux et abat le 0 à 100 km/h en seulement 2,5 secondes.
La charge sévère de Luca di Montezemolo
La critique la plus dure a été portée par une figure légendaire de l’écurie italienne. Luca Cordero di Montezemolo, président de la firme entre 1991 et 2014, a livré une réaction très sévère lors de la présentation à Rome. Interrogé par des journalistes sur cette nouvelle orientation, l’ancien patron a répondu de façon tranchante : « Si je disais vraiment ce que je pense, je ferais du tort à Ferrari ».
"آمل أن يزيلوا شعار الحصان من تلك السيارة".. الرئيس الأسبق لشركة فيراري لوكا دي مونتيزيمولو يوجه انتقادات لاذعة لسيارة الشركة الكهربائية الجديدة لوتشي واصفًا إياها بأنها خطر على سمعة الشركة pic.twitter.com/Wuprd6bet7
— الجزيرة – تكنولوجيا (@aljazeeraTech) May 26, 2026
Ainsi, l’ex-dirigeant a déploré ce projet à batterie en estimant que la marque risquait tout simplement la destruction d’un mythe. L’ancien président, qui jurait jadis qu’il ne conduirait pas une électrique « pas même si j’étais drogué ! », a conclu par une formule particulièrement humiliante : « J’espère au moins qu’ils retireront le Cheval cabré de cette voiture ». Relancé de manière provocatrice sur l’attitude à adopter face à la féroce concurrence chinoise, il a d’ailleurs répliqué avec un agacement teinté d’humour noir : « Au moins, c’est une voiture sur laquelle les Chinois ne nous copieront pas ». Malgré cette fronde des puristes, la direction maintient sa feuille de route révisée à 20 % de modèles électriques d’ici 2030.
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